ERP défaillant, données perdues : retour sur la fermeture d'une imprimerie

L'imprimerie suisse Abächerli Media AG a cessé ses activités après un effacement accidentel de l'ensemble de ses données, survenu en juin 2022. Privée de son ERP pendant plusieurs semaines et confrontée à une facture de plus de 750 000 francs suisses non entièrement couverte par l'assurance, l'entreprise n'a pas pu se relever. Trente emplois disparaissent, et cette affaire soulève de nombreuses interrogations sur la dépendance informatique dans le secteur graphique.

L'informatique, maillon critique dans le flux de production graphique

L'industrie de l'impression s'appuie de plus en plus sur des outils numériques intégrés de type ERP pour gérer à la fois la production, la planification, les achats, le stock, la relation client et la facturation. Chez Abächerli Media AG, le système ERP constituait le cœur du pilotage des opérations.

En juin 2022, une intervention sur le système par un prestataire informatique externe conduit à la suppression accidentelle de l'intégralité des données. Cette perte entraîne une paralysie totale du flux de production durant environ dix semaines. Faute de sauvegarde exploitable, la reconstruction du système d'information a dû être engagée de zéro. Dans un environnement aussi structuré que celui d'une imprimerie offset et numérique, cette indisponibilité prolongée a des répercussions immédiates : commandes bloquées, gestion de production interrompue, suivi client impossible.

Externalisation IT : une pratique risquée sans contrôle technique strict

La sous-traitance des services informatiques dans les structures de taille moyenne est courante, notamment dans le secteur graphique, où les compétences informatiques sont rarement internalisées. L'affaire Abächerli montre cependant les limites de cette approche lorsqu'aucun plan de sauvegarde efficace ni procédure de contrôle n'est en place.

Le prestataire impliqué - dont l'identité n'a pas été rendue publique - a causé une perte de données totale, illustrant l'absence de cloisonnement ou de sécurité lors des manipulations sur les environnements critiques. L'incident met en lumière la nécessité d'encadrer les accès au système, de tester régulièrement les procédures de restauration, et de former les prestataires aux spécificités techniques du secteur graphique, notamment aux flux JDF, aux RIP et à la gestion du prépresse.

Une perte de plus de 750 000 francs suisses non couverte intégralement

La reconstruction du système informatique et la réorganisation complète du fonctionnement de l'imprimerie ont généré des coûts dépassant les 750 000 francs suisses, selon la communication officielle de l'entreprise. L'assurance n'a remboursé qu'une partie de ce montant, laissant l'imprimerie dans une situation financière précaire.

Ce type de sinistre n'est pas toujours bien couvert par les contrats d'assurance classiques, qui excluent souvent les erreurs humaines non malveillantes commises par des tiers. Pour les dirigeants d'imprimeries, cette affaire souligne la nécessité de revoir les clauses de leurs contrats de cyber-risque et de responsabilité professionnelle en cas de sous-traitance informatique.

Reconstruction du système : un défi technique et organisationnel sous pression

La reconstruction complète d'un système ERP pour une imprimerie représente un chantier complexe, mobilisant à la fois des ressources humaines, financières et un savoir-faire métier. Il ne s'agit pas simplement de réinstaller des logiciels standards : il faut réintégrer des bases clients, paramétrer les gabarits de devis, les cycles de production, les liaisons avec les équipements de finition ou de gestion colorimétrique.

Pendant cette période, Abächerli Media AG a dû composer avec des outils de fortune, recréer les données à la main ou travailler sans automatisation, ce qui a ralenti la production et perturbé la relation client. Dans un secteur fortement concurrentiel où les marges sont faibles, une telle perte de productivité est difficilement soutenable.

Fondée en 1956, Abächerli Media AG employait une trentaine de personnes et occupait une place significative dans le paysage graphique du canton d'Obwald. Sa fermeture rappelle que même les entreprises bien établies peuvent être mises en péril par un incident numérique.

Plus d'articles sur le thème